En bref
- Lieux Solides a pris le relais de l’aventure menée à la Cité des Halles, fermée le 31 décembre 2024 dans l’ancienne friche Nexans du 7e arrondissement.
- Le collectif s’est installé au 30, rue Saint-Simon, Lyon 9e, dans un bâtiment tertiaire de 1 300 m² mis à disposition par le groupe em2c.
- Le site accueille seize structures, représentant environ trente personnes, issues de l’artisanat, de la création, de l’économie sociale et de l’insertion.
- Le lieu n’a pas vocation à devenir une friche événementielle ouverte au public : il privilégie des ateliers, des bureaux et des espaces de formation pérennes.
- Cette implantation pose une question très lyonnaise : comment préserver des espaces de production, de création et de solidarité quand chaque mètre carré urbain doit démontrer sa rentabilité ?
Lieux Solides à Vaise prolonge l’expérience de la Cité des Halles
Le 31 décembre 2024, la Cité des Halles a fermé ses portes. Pendant trois ans, l’ancienne friche Nexans, dans le 7e arrondissement, avait accueilli artistes, artisans, associations, structures de l’économie sociale et activités culturelles. Sa disparition ne relevait pas d’un accident de parcours : elle rappelait le principe même de l’occupation temporaire, liée à un calendrier immobilier et à la transformation future d’un terrain.
La fermeture aurait pourtant pu disperser, en quelques semaines, les petites organisations qui avaient trouvé là un cadre de travail abordable et une communauté professionnelle. L’équipe porteuse du projet a donc cherché une solution rapide. C’est dans ce contexte qu’est né Lieux Solides, installé depuis le début de l’année 2025 dans un bâtiment situé au 30, rue Saint-Simon, à Vaise.
Le changement de quartier compte. La Cité des Halles se déployait dans une vaste friche du sud de Lyon, avec une forte visibilité et une programmation tournée vers les publics. Rue Saint-Simon, le paysage est différent : immeubles tertiaires, activités économiques, axes de circulation et proximité de l’écosystème de Vaise. Le nouveau site s’insère dans une partie du 9e arrondissement qui a beaucoup changé depuis les années 1990, sans avoir entièrement effacé ses traces industrielles et logistiques.
Cette installation ne consiste donc pas à reproduire à l’identique le modèle précédent. Lieux Solides n’est pas la “nouvelle Cité des Halles” au sens d’un lieu festif et événementiel. Le bâtiment de 1 300 m² a été adapté pour accueillir des personnes qui ont avant tout besoin de surfaces de travail : un atelier pour produire, une pièce pour former, un bureau pour préparer un projet, un espace pour stocker des matériaux ou recevoir des partenaires.
Cette nuance mérite d’être soulignée. Dans le débat sur l’urbanisme transitoire, les lieux les plus visibles sont souvent ceux qui organisent concerts, marchés, expositions ou repas collectifs. Ils rendent la transformation urbaine sensible et donnent une image immédiate d’un quartier en mouvement. Mais la stabilité d’un tissu local dépend aussi de lieux moins spectaculaires, où l’on peut travailler plusieurs jours par semaine sans que l’activité soit suspendue à la prochaine soirée programmée.
L’opération a été menée en peu de temps, avec un propriétaire, le groupe em2c, déjà détenteur du bâtiment depuis plus de deux ans. Une convention d’occupation temporaire a été signée à la fin de 2024 pour une durée annoncée de deux ans, renouvelable selon les conditions du projet immobilier. Ce cadre explique la logique du site : faire vite, rendre les espaces utilisables et limiter les investissements qui seraient disproportionnés au regard de la durée d’occupation.
La cofondatrice Orbiane Wolff a résumé l’enjeu avec netteté : éviter que les résidents de l’ancienne friche se retrouvent sans solution. Dans une métropole où les loyers professionnels montent et où les surfaces disponibles se raréfient, une interruption de quelques mois peut fragiliser durablement une petite structure. Perdre un atelier signifie parfois interrompre une production, déplacer des outils, reporter une formation ou renoncer à des commandes.
Le projet offre ainsi une continuité plus qu’une simple adresse. Il conserve des liens construits à la Cité des Halles, tout en les adaptant à une autre échelle. L’histoire récente des friches lyonnaises montre que la valeur d’un lieu ne tient pas seulement à ses murs : elle repose sur les réseaux d’entraide, les savoir-faire et les usages quotidiens qui parviennent à survivre au déménagement.

Le bâtiment de la rue Saint-Simon et sa réhabilitation pragmatique
Le bâtiment occupé par Lieux Solides ne relève pas de la grande opération architecturale destinée à signer un quartier. Son intérêt vient précisément de son caractère ordinaire : un ensemble tertiaire sous-exploité, disponible à un moment donné, suffisamment vaste pour héberger des activités diverses et assez souple pour être réaménagé rapidement. Dans l’urbanisme du quotidien, ce type de surface joue souvent un rôle plus décisif qu’un équipement neuf très médiatisé.
La réhabilitation a été menée avec un budget contraint. Il a fallu rendre les espaces fonctionnels, distribuer les usages, organiser les accès et installer les résidents sans engager de travaux incompatibles avec une occupation temporaire. Cette méthode paraît modeste, mais elle suppose une connaissance fine du bâtiment : circulation des personnes, puissance électrique, sécurité, besoins acoustiques, stockage, sanitaires et cohabitation entre activités très différentes.
Le choix de préserver l’existant rejoint des préoccupations de développement durable. Réutiliser un bâtiment disponible évite d’abord de laisser vacants des mètres carrés déjà construits. Il limite ensuite une partie des matériaux et de l’énergie nécessaires à une transformation lourde. L’occupation transitoire ne remplace pas une politique de construction sobre, mais elle constitue un usage attentif du patrimoine bâti récent, souvent jugé trop banal pour être défendu et pourtant capable d’accueillir des projets utiles.
La fresque réalisée par Yandy Graffer sur le nouveau site donne une présence visuelle au lieu. Elle ne transforme pas la rue Saint-Simon en décor de carte postale ; elle indique qu’une activité créative s’est installée derrière une façade qui aurait pu rester anonyme. Dans une zone d’activités, l’art mural peut aussi servir de repère, à condition qu’il ne masque pas la réalité première du lieu : ici, l’essentiel se passe dans les ateliers et les salles de travail.
| Repère | Situation connue | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Adresse | 30, rue Saint-Simon, Lyon 9e | Un ancrage à Vaise, dans un secteur mêlant bureaux, activités et habitat. |
| Surface | 1 300 m² | Des capacités pour des ateliers, bureaux, formations et espaces partagés. |
| Occupation | Deux ans renouvelables selon convention | Un projet construit pour durer, mais sans nier le caractère temporaire du cadre. |
| Résidents | 16 structures, environ 30 personnes | Une communauté de travail volontairement resserrée. |
| Programmation publique | Non prévue comme à la Cité des Halles | La priorité est donnée à l’activité professionnelle et associative. |
Les montants annoncés, de 50 à 100 euros par mètre carré, doivent être compris comme une indication de la volonté d’offrir des conditions accessibles à des structures fragiles. Pour un atelier de création ou une association, le prix ne constitue jamais le seul critère : les charges, les conditions d’accès, la durée du bail, les assurances et la possibilité de faire du bruit ou de manipuler des matériaux comptent tout autant. Mais un niveau de loyer maîtrisé reste le point de départ.
Cette manière de faire rappelle que l’architecture ne se réduit pas aux bâtiments neufs ou aux monuments protégés. Elle concerne aussi l’adaptation de surfaces existantes à des usages réels. Une cloison déplacée, une salle rendue accessible, un éclairage refait ou un espace partagé bien distribué peuvent modifier concrètement la capacité d’une petite organisation à tenir dans la ville.
À Lyon, le patrimoine industriel est souvent évoqué à propos des canuts, des usines reconverties ou des grandes halles. Le site de la rue Saint-Simon élargit cette lecture. Il montre que le patrimoine peut aussi être une matière vivante, sans prestige particulier, dont la valeur naît de son réemploi. La revitalisation ne passe pas toujours par une opération massive : elle peut commencer par la remise en usage d’un immeuble qui attendait une nouvelle fonction.
Ce pragmatisme prépare la question centrale du lieu : qui travaille désormais derrière cette façade devenue plus visible ?
Les résidents de Lieux Solides maintiennent des activités productives en ville
Le nouvel espace réunit seize structures et environ trente personnes. Ce chiffre reste modeste à l’échelle de la métropole, mais il décrit une réalité que les statistiques immobilières saisissent mal : un atelier ou un bureau partagé peut conditionner le maintien d’une activité entière. Lorsqu’un créateur perd sa surface de travail, il ne perd pas seulement une adresse ; il perd parfois son outillage, son stock, ses habitudes de collaboration et sa capacité à recevoir un client ou un groupe en formation.
Parmi les résidents figure Caybeau, engagé dans l’upcycling de vêtements éthiques pour enfants. La présence d’un tel projet rappelle que l’économie circulaire ne se résume pas à des slogans. Transformer, réparer, trier, découper et coudre demandent un espace matériel, des rangements et une organisation qui deviennent difficiles à trouver dans des locaux tertiaires standardisés. Le développement durable se mesure alors à la possibilité réelle de travailler avec des matières existantes plutôt qu’à l’affichage d’une ambition générale.
Le lieu accueille également des artistes et graffeurs, dont Fouapa, Yandy Graffer et Val Barranco. Leur installation ne signifie pas que l’ensemble devient une galerie. Elle permet plutôt de donner une place de travail à des pratiques qui nécessitent de préparer des œuvres, entreposer des supports, imaginer des interventions ou collaborer avec d’autres professionnels. Dans une ville où la commande artistique et les murs autorisés sont encadrés, disposer d’un point d’ancrage change la nature même de l’activité.
Les associations À tire d’elles et Femmes ici et ailleurs rappellent une autre fonction de ces lieux : ils rendent possible un travail social, culturel et éditorial qui ne trouve pas toujours sa place dans les circuits commerciaux. Les associations ont besoin de salles pour se réunir, préparer des actions, archiver des documents ou accueillir ponctuellement des partenaires. Un local stable ne résout pas toutes leurs difficultés, mais il évite que l’énergie soit absorbée par la recherche incessante d’une salle disponible.
Le centre de formation de La Bâtisse, entreprise d’insertion professionnelle, apporte une dimension encore différente. Son activité relie la question du lieu à celle de l’emploi, de la transmission et des métiers. Une formation ne peut pas se dérouler durablement dans un espace précaire sans équipement ni cadre. La présence d’un espace dédié rend possible une progression, des rendez-vous réguliers et une relation suivie avec les personnes accompagnées.
Des voisinages professionnels qui produisent des coopérations concrètes
La force de Lieux Solides ne se résume pas à juxtaposer des occupants. La proximité entre un atelier textile, des artistes, des associations et une structure d’insertion peut produire des collaborations, mais aussi des services très simples : se prêter un outil, recommander un prestataire, mutualiser une livraison, partager une salle ou transmettre une information administrative. Ce sont souvent ces gestes ordinaires qui permettent à de petites structures de rester actives.
- Les ateliers artisanaux disposent d’une surface adaptée à la fabrication, au tri et au stockage de matériaux.
- Les créateurs visuels peuvent préparer des œuvres et échanger avec d’autres pratiques artistiques présentes sur place.
- Les associations trouvent un point d’appui pour organiser des actions, produire des contenus et réunir leurs équipes.
- Les acteurs de l’insertion bénéficient d’un cadre où la formation peut s’inscrire dans la durée.
- Le collectif gestionnaire assure une médiation entre les besoins des résidents, le bâtiment et le propriétaire.
Cette diversité évite l’effet de pépinière trop uniforme, concentrée uniquement sur des entreprises numériques ou sur des activités de bureau. Les personnes installées rue Saint-Simon travaillent avec des corps, des matériaux, des récits, des images et des publics. Elles rappellent que la fonction productive d’une ville ne se limite ni aux usines de périphérie ni aux sièges sociaux.
La notion d’innovation urbaine prend ici un sens précis. Elle ne désigne pas une technologie présentée comme une solution universelle. Elle consiste à organiser un bâtiment existant pour que des activités habituellement fragiles puissent cohabiter et se développer. Cette innovation tient à la gouvernance, aux loyers, à la souplesse d’occupation et à l’attention portée aux usages, davantage qu’à l’apparence du lieu.
À Lyon, la question des locaux de travail rejoint celle de l’équilibre entre les quartiers. Vaise s’est considérablement tertiarisée, mais elle conserve des marges d’accueil pour des activités hybrides. Lieux Solides y rappelle qu’un quartier vivant ne repose pas seulement sur les logements, les restaurants ou les bureaux : il dépend aussi de celles et ceux qui fabriquent, forment, éditent, accompagnent et créent à proximité.
Le maintien de ces activités ouvre naturellement sur le modèle qui permet de les accueillir sans transformer chaque projet en parenthèse fragile.
Urbanisme transitoire à Lyon, un outil face à la raréfaction des espaces abordables
L’urbanisme transitoire consiste à confier temporairement un lieu vacant à des activités qui lui donnent un usage avant sa transformation définitive. Cette définition paraît simple, mais elle recouvre des réalités très différentes : une ancienne usine, une caserne, un immeuble de bureaux, une parcelle en attente de construction ou un rez-de-chaussée commercial vide. Chaque situation dépend d’un propriétaire, d’un calendrier, de normes de sécurité et d’une capacité à financer les aménagements nécessaires.
À Lyon, ce modèle s’est installé dans le paysage depuis plusieurs années. Il a permis de faire exister des lieux où se croisent culture, artisanat, économie sociale, formation et restauration. La Cité des Halles a compté parmi les expériences les plus visibles. Avant elle, le Fort Superposition avait déjà illustré l’intérêt d’investir des espaces en attente, plutôt que de les laisser fermés derrière des palissades.
La difficulté apparaît lorsque le caractère temporaire devient une succession de départs sans solution de repli. En novembre 2024, alors que la fermeture de la Cité des Halles approchait, Orbiane Wolff alertait sur la hausse du foncier et la disparition progressive des surfaces accessibles. Le constat mérite d’être regardé sans nostalgie : une friche ne peut pas rester indéfiniment disponible si son propriétaire a un projet, mais une métropole qui ne prévoit aucun relais finit par expulser silencieusement ses activités les moins rentables.
La Métropole de Lyon s’intéresse à ce que les acteurs nomment l’urbanisme d’interstice, c’est-à-dire l’activation des espaces laissés momentanément vacants. Cette orientation rejoint une ambition de relocalisation des fonctions productives en cœur urbain. Les Grandes Locos, à La Mulatière, ont montré qu’un ancien site ferroviaire pouvait accueillir de nouveaux usages culturels et collectifs. Les contextes ne sont pas comparables, mais ils révèlent une même tension entre disponibilité temporaire et besoin de continuité.
Le sujet dépasse largement le seul domaine culturel. Une couturière, un menuisier, un réparateur, une association ou un organisme de formation ne cherchent pas tous le même type de local. Pourtant, ils se heurtent souvent au même obstacle : des surfaces trop petites, trop chères, trop éloignées ou mal adaptées à leurs pratiques. Une ville peut afficher une forte activité économique tout en devenant incapable d’accueillir ces métiers intermédiaires qui font circuler les savoir-faire.
Le débat rappelle certaines évolutions observées dans les pentes de la Croix-Rousse, où ateliers, commerces et logements se côtoient depuis longtemps dans un bâti hérité de l’histoire de la soie. La pression immobilière modifie cependant ces équilibres. Le dossier consacré à l’évolution immobilière de la Croix-Rousse permet de mesurer combien la question du prix des mètres carrés transforme aussi les usages d’un quartier.
Lieux Solides propose une réponse concrète, mais non définitive. Une convention de deux ans renouvelables offre davantage de visibilité qu’une occupation de quelques mois ; elle ne remplace pas un bail long ni une politique foncière dédiée. Son intérêt est ailleurs : montrer qu’un propriétaire, un opérateur et des résidents peuvent mettre en usage un bâtiment sans attendre une opération immobilière future.
Cette démarche impose néanmoins des règles claires. Les occupants doivent connaître la durée prévisionnelle, les conditions de départ et les limites techniques du site. Le propriétaire doit accepter que le lieu vive réellement, avec ses besoins et ses contraintes. Le gestionnaire doit arbitrer les usages sans faire peser sur les petites structures une charge administrative excessive. L’urbanisme transitoire utile n’est pas une décoration de chantier ; il devient un outil de revitalisation lorsqu’il protège le temps de travail.
Le prochain enjeu ne consiste donc pas seulement à ouvrir des lieux provisoires. Il s’agit de construire des passerelles entre ces expériences et des solutions plus durables.
Vitamine 7 et Lieux Solides, vers un ancrage durable des projets d’utilité locale
Depuis son installation, Lieux Solides s’organise autour de trois pôles : le conseil et l’accompagnement de projets, l’exploitation de lieux en propre et la direction artistique. Cette structuration indique une évolution importante. L’équipe ne se contente plus de gérer une occupation ponctuelle ; elle cherche à transmettre une méthode, à sécuriser des usages et à intervenir dès la conception d’un projet de lieu.
Le conseil peut concerner des propriétaires privés, des collectivités, des aménageurs ou des collectifs locaux. Il s’agit d’identifier les usages compatibles avec un site, de définir les travaux indispensables, de prévoir le modèle de gestion et d’établir un dialogue avec le voisinage. Cette étape est décisive. Un lieu ouvert trop rapidement, sans règles ni coordination, peut susciter des conflits évitables. À l’inverse, une procédure trop lourde décourage les petits projets et laisse le bâtiment vacant.
L’exploitation en propre donne à Lieux Solides une expérience directe des contraintes : assurances, sécurité, clés, nettoyage, factures, règles de voisinage, accueil de nouveaux résidents. Ces sujets paraissent prosaïques, mais ils forment la charpente invisible de tout espace collectif. La réussite d’un lieu ne dépend pas seulement de son manifeste ; elle repose aussi sur la capacité à résoudre un problème d’accès un lundi matin ou à trouver une solution lorsqu’un atelier doit être adapté.
La direction artistique, enfin, ne signifie pas nécessairement une multiplication d’événements. Elle peut donner une cohérence au site, favoriser les rencontres entre résidents et faire circuler les projets vers l’extérieur lorsque cela a du sens. La fresque de Yandy Graffer constitue déjà une première expression de cette attention portée à l’identité visuelle. L’enjeu est de rendre le lieu identifiable sans le réduire à une image.
Un autre projet, Vitamine 7, est annoncé dans le 7e arrondissement avec une orientation vers le sport inclusif. Le programme prévu autour d’environ 1 000 m² de padel, à proximité du collège Gisèle Halimi, témoigne d’une diversification des usages temporaires ou intermédiaires. L’idée d’inclusion mérite ici d’être prise au sérieux : elle suppose des tarifs, des créneaux, un accueil et des partenariats qui permettent réellement à différents publics de pratiquer.
Ces projets posent la question de leur financement. Yvan Patet, président du groupe em2c, a évoqué la perspective d’un fonds de dotation institutionnel susceptible d’aider à pérenniser les initiatives d’urbanisme transitoire. L’hypothèse répond à une faiblesse structurelle : les lieux utiles socialement fonctionnent souvent avec des marges réduites, alors même qu’ils créent de la valeur collective en remettant des bâtiments en service et en soutenant des activités locales.
Un fonds ne constituerait pas une solution automatique. Il faudrait des critères transparents, une gouvernance indépendante et une capacité à financer ce qui est rarement visible : études techniques, mise aux normes, médiation, accompagnement juridique ou frais de relogement. Mais il pourrait éviter que les projets reposent uniquement sur l’énergie des équipes et sur la bonne volonté ponctuelle des propriétaires.
La réflexion gagne à être reliée aux grands projets métropolitains. Les infrastructures de transport modifient les quartiers, déplacent les flux et peuvent rendre certains fonciers plus convoités. Les perspectives évoquées autour du projet de RER au sud de Lyon rappellent que l’aménagement ne se limite jamais aux rails ou aux stations : il redessine aussi les conditions d’implantation des activités autour des axes desservis.
À l’échelle de Vaise, Lieux Solides fournit un exemple mesurable. Un bâtiment vacant a retrouvé une fonction. Des structures déplacées ont évité une rupture brutale. Des pratiques artisanales, artistiques et sociales disposent d’un ancrage commun. Il ne s’agit pas d’idéaliser le provisoire, mais de reconnaître ce qu’il peut produire lorsqu’il est organisé avec précision : du temps, des surfaces et une continuité de travail.
La véritable solidité d’un lieu ne tient pas à la promesse qu’il durera toujours, mais à sa capacité à laisser des activités vivantes s’installer, se développer et préparer l’étape suivante.
Où se trouve Lieux Solides à Lyon ?
Lieux Solides occupe un bâtiment situé au 30, rue Saint-Simon, dans le 9e arrondissement de Lyon, à Vaise. Le site se trouve dans un secteur à dominante tertiaire et productive.
La Cité des Halles existe-t-elle encore ?
La Cité des Halles a fermé le 31 décembre 2024. Une partie de ses résidents et de son équipe a poursuivi l’aventure au sein de Lieux Solides, mais le nouveau site ne reprend pas le même format événementiel ouvert au public.
Combien de structures sont accueillies par Lieux Solides ?
Le lieu accueille seize structures, représentant environ trente personnes. Elles interviennent notamment dans l’artisanat, la création artistique, l’action associative et l’insertion professionnelle.
Quelle est la durée prévue pour l’occupation du bâtiment rue Saint-Simon ?
La convention d’occupation temporaire est prévue pour deux ans, avec une possibilité de renouvellement. Cette durée dépend du calendrier et des décisions liés au bâtiment.
Lieux Solides organise-t-il des événements ouverts au public ?
Le site de Vaise n’a pas été conçu comme une friche événementielle comparable à l’ancienne Cité des Halles. Sa fonction principale est d’offrir des espaces de travail, de formation et d’accompagnement aux structures résidentes.