Qu'est-ce qu'un vrai bouchon ?
Le mot bouchon désigne à Lyon une chose précise — même si cette précision est aujourd'hui contestée, diluée, commercialisée. Un bouchon authentique est un restaurant populaire servant une cuisine bourgeoise de tradition, avec une carte courte, un patron présent en salle ou en cuisine, une ardoise qui change selon le marché, une ambiance de familiarité sans décontraction feinte.
L'Association pour la Défense des Bouchons Lyonnais compte une soixantaine d'établissements labellisés. Elle distingue les bouchons de la catégorie des « bistrots lyonnais » et des « restaurants gastronomiques » — une taxonomie utile que les guides touristiques ignorent allègrement.
Les plats de la tradition
Le répertoire classique du bouchon n'a pas fondamentalement changé depuis les Mères lyonnaises du début du XXe siècle. On y retrouve :
- Le tablier de sapeur — tripes marinées dans le vin blanc, panées et grillées. Le nom vient des soldats du génie militaire (sapeurs) qui portaient un grand tablier de cuir.
- La quenelle de brochet — mousse de brochet liée à la panade et à la crème, pochée dans un court-bouillon, nappée d'une sauce Nantua à base d'écrevisses.
- La cervelle de canut — fromage blanc battu avec échalotes, herbes, huile d'olive et vinaigre. Un des rares plats lyonnais qui soit aussi végétarien.
- Les grattons — résidus croustillants de la fonte du lard. Se mangent à l'apéritif, accompagnés de Beaujolais.
- La salade lyonnaise — frisée avec lardons, croûtons frottés à l'ail, œuf poché. Simple, technique, inimitable si mal exécutée.
La question du vin
Dans un bouchon, on boit du Beaujolais ou des Côtes-du-Rhône. Le pot lyonnais — bouteille de 46 cl en verre épais avec un fond bombé — est une institution. Sa contenance atypique résulte d'une vieille pratique : les cabaretiers remplissaient les pots au comptoir depuis des tonneaux, et la forme épaisse dissimulait le fond légèrement plus bas pour tricher sur la mesure. La tradition a survécu à la triche.