{"id":434,"date":"2026-09-06T23:01:43","date_gmt":"2026-09-06T21:01:43","guid":{"rendered":"https:\/\/lepetittramassac.fr\/blog\/actualites\/mamasan-lyon-fermeture\/"},"modified":"2026-09-10T16:23:16","modified_gmt":"2026-09-10T14:23:16","slug":"mamasan-lyon-fermeture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lepetittramassac.fr\/blog\/actualites\/mamasan-lyon-fermeture\/","title":{"rendered":"Fin d\u2019une aventure culinaire : le restaurant Mamasan du 2e arrondissement de Lyon baisse le rideau"},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>En bref<\/strong><\/p>\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><strong>Mamasan, au 46 rue Ferrandi\u00e8re \u00e0 Lyon 2e, a ferm\u00e9 le 5 ao\u00fbt 2023<\/strong>, apr\u00e8s six ans et sept mois d\u2019activit\u00e9.<\/li><li>Cette table familiale a fait conna\u00eetre une cuisine vietnamienne et laotienne pr\u00e9cise, servie dans un cadre de bistrot vivant et sans c\u00e9r\u00e9monial.<\/li><li>La fermeture s\u2019expliquait par le d\u00e9part \u00e0 la retraite de Huong Kieu et par le souhait de sa fille Nhung de suivre une autre trajectoire professionnelle.<\/li><li>Le lieu a ensuite accueilli Papasan, une proposition \u00e9ph\u00e9m\u00e8re distincte, preuve qu\u2019une adresse peut poursuivre son histoire sans effacer celle qui l\u2019a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e.<\/li><\/ul>\n\n<div id=\"ez-toc-container\" class=\"ez-toc-v2_0_87 counter-hierarchy ez-toc-counter ez-toc-grey ez-toc-container-direction\">\n<div class=\"ez-toc-title-container\">\n<p class=\"ez-toc-title\" style=\"cursor:inherit\">Sommaire<\/p>\n<span class=\"ez-toc-title-toggle\"><a href=\"#\" class=\"ez-toc-pull-right ez-toc-btn ez-toc-btn-xs ez-toc-btn-default ez-toc-toggle\" aria-label=\"Toggle Table of Content\"><span class=\"ez-toc-js-icon-con\"><span class=\"\"><span class=\"eztoc-hide\" style=\"display:none;\">Toggle<\/span><span class=\"ez-toc-icon-toggle-span\"><svg style=\"fill: #999;color:#999\" xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" class=\"list-377408\" width=\"20px\" height=\"20px\" viewBox=\"0 0 24 24\" fill=\"none\"><path d=\"M6 6H4v2h2V6zm14 0H8v2h12V6zM4 11h2v2H4v-2zm16 0H8v2h12v-2zM4 16h2v2H4v-2zm16 0H8v2h12v-2z\" fill=\"currentColor\"><\/path><\/svg><svg style=\"fill: #999;color:#999\" class=\"arrow-unsorted-368013\" xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" width=\"10px\" height=\"10px\" viewBox=\"0 0 24 24\" version=\"1.2\" baseProfile=\"tiny\"><path d=\"M18.2 9.3l-6.2-6.3-6.2 6.3c-.2.2-.3.4-.3.7s.1.5.3.7c.2.2.4.3.7.3h11c.3 0 .5-.1.7-.3.2-.2.3-.5.3-.7s-.1-.5-.3-.7zM5.8 14.7l6.2 6.3 6.2-6.3c.2-.2.3-.5.3-.7s-.1-.5-.3-.7c-.2-.2-.4-.3-.7-.3h-11c-.3 0-.5.1-.7.3-.2.2-.3.5-.3.7s.1.5.3.7z\"\/><\/svg><\/span><\/span><\/span><\/a><\/span><\/div>\n<nav><ul class='ez-toc-list ez-toc-list-level-1 eztoc-toggle-hide-by-default' ><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-1\" href=\"https:\/\/lepetittramassac.fr\/blog\/actualites\/mamasan-lyon-fermeture\/#La_fermeture_de_Mamasan_a_Lyon_2e_marque_la_fin_dune_adresse_familiale\" >La fermeture de Mamasan \u00e0 Lyon 2e marque la fin d\u2019une adresse familiale<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-2\" href=\"https:\/\/lepetittramassac.fr\/blog\/actualites\/mamasan-lyon-fermeture\/#La_cuisine_de_Mamasan_a_renouvele_la_gastronomie_vietnamienne_et_laotienne_a_Lyon\" >La cuisine de Mamasan a renouvel\u00e9 la gastronomie vietnamienne et laotienne \u00e0 Lyon<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-3\" href=\"https:\/\/lepetittramassac.fr\/blog\/actualites\/mamasan-lyon-fermeture\/#Huong_Kieu_Nhung_et_lequipe_de_salle_ont_donne_un_visage_a_Mamasan\" >Huong Kieu, Nhung et l\u2019\u00e9quipe de salle ont donn\u00e9 un visage \u00e0 Mamasan<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-4\" href=\"https:\/\/lepetittramassac.fr\/blog\/actualites\/mamasan-lyon-fermeture\/#Du_dernier_service_de_Mamasan_a_Papasan_le_46_rue_Ferrandiere_a_change_de_recit\" >Du dernier service de Mamasan \u00e0 Papasan, le 46 rue Ferrandi\u00e8re a chang\u00e9 de r\u00e9cit<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-5\" href=\"https:\/\/lepetittramassac.fr\/blog\/actualites\/mamasan-lyon-fermeture\/#Ce_que_la_disparition_de_Mamasan_raconte_des_restaurants_independants_a_Lyon\" >Ce que la disparition de Mamasan raconte des restaurants ind\u00e9pendants \u00e0 Lyon<\/a><\/li><\/ul><\/nav><\/div>\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"La_fermeture_de_Mamasan_a_Lyon_2e_marque_la_fin_dune_adresse_familiale\"><\/span>La fermeture de Mamasan \u00e0 Lyon 2e marque la fin d\u2019une adresse familiale<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le <strong>restaurant Mamasan<\/strong>, install\u00e9 au 46 rue Ferrandi\u00e8re, dans le <strong>2e arrondissement de Lyon<\/strong>, a baiss\u00e9 son rideau le samedi 5 ao\u00fbt 2023, apr\u00e8s le service de midi. Trois ans plus tard, cette fermeture demeure dans les conversations de nombreux habitu\u00e9s de la Presqu\u2019\u00eele, car elle ne relevait ni d\u2019un changement de bail pr\u00e9cipit\u00e9 ni d\u2019une difficult\u00e9 rendue publique. Elle correspondait \u00e0 une d\u00e9cision familiale, pos\u00e9e et coh\u00e9rente : Huong Kieu, surnomm\u00e9e Mamasan, souhaitait prendre sa retraite.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La date compte. Dans la vie d\u2019un restaurant, une fermeture peut laisser une trace diffuse, surtout lorsque la table a su cr\u00e9er des habitudes tr\u00e8s concr\u00e8tes : un d\u00e9jeuner de semaine, une r\u00e9servation pour un anniversaire, un d\u00eener avant un spectacle ou un repas partag\u00e9 entre coll\u00e8gues. Mamasan avait pris place dans ce quotidien lyonnais depuis 2017, avec une identit\u00e9 suffisamment claire pour ne pas se confondre avec les nombreuses adresses asiatiques de la Presqu\u2019\u00eele.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sa force tenait \u00e0 une \u00e9quation assez rare : une <strong>cuisine vietnamienne et laotienne<\/strong> travaill\u00e9e avec soin, une carte lisible, des assiettes accessibles dans leur esprit, et une salle port\u00e9e par une \u00e9quipe qui ne transformait pas le repas en d\u00e9monstration. Vladimir Bauer et Hadrien Damond donnaient au service son rythme, avec une pr\u00e9sence franche, volontiers taquine, qui convenait au lieu. L\u2019accueil ne se limitait pas \u00e0 la prise de commande : il participait pleinement \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En cuisine, Huong Kieu travaillait avec sa fille Nhung. Cette transmission m\u00e8re-fille n\u2019\u00e9tait pas un argument de communication plaqu\u00e9 sur une enseigne. Elle structurait la maison, ses recettes, son ton et la confiance que les clients accordaient \u00e0 la table. Dans une ville attach\u00e9e aux histoires de familles de restaurateurs, des bouchons aux p\u00e2tisseries de quartier, Mamasan avait trouv\u00e9 une mani\u00e8re singuli\u00e8re d\u2019inscrire cet h\u00e9ritage dans la gastronomie lyonnaise contemporaine.<\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Rep\u00e8re<\/th>\n<th>Information<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Adresse historique<\/td>\n<td>46 rue Ferrandi\u00e8re, 69002 Lyon<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Ouverture de Mamasan<\/td>\n<td>2017<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Dernier service<\/td>\n<td>Samedi 5 ao\u00fbt 2023 \u00e0 midi<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Dur\u00e9e d\u2019activit\u00e9 annonc\u00e9e<\/td>\n<td>Six ans et sept mois<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Sp\u00e9cialit\u00e9<\/td>\n<td>Cuisine vietnamienne et laotienne, dans un registre bistronomique<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table><\/figure>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La nouvelle avait d\u2019autant plus frapp\u00e9 que la fermeture intervenait alors que l\u2019adresse b\u00e9n\u00e9ficiait d\u2019une vraie reconnaissance. Le Fooding et Gault&amp;Millau avaient rep\u00e9r\u00e9 cette proposition qui \u00e9chappait aux cat\u00e9gories simples : ni restaurant traditionnel fig\u00e9, ni table d\u2019apparat, ni cantine interchangeable. Le succ\u00e8s critique ne constituait pourtant pas le c\u0153ur du projet. Le souvenir le plus pr\u00e9cis reste celui d\u2019une cuisine servie avec naturel, d\u2019une \u00e9quipe qui connaissait la salle et d\u2019une porte pouss\u00e9e sans appr\u00e9hension.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les derniers jours ont pris la forme d\u2019un au revoir gourmand. L\u2019\u00e9quipe avait annonc\u00e9 le retour de pr\u00e9parations moins souvent propos\u00e9es, voire sorties des carnets puis absentes des fourneaux depuis plusieurs ann\u00e9es. Ce choix disait beaucoup de la maison : plut\u00f4t qu\u2019un geste nostalgique abstrait, Mamasan a offert une derni\u00e8re travers\u00e9e de son r\u00e9pertoire culinaire. Une fermeture de restaurant se mesure rarement \u00e0 l\u2019enseigne retir\u00e9e ; elle se mesure aux plats que l\u2019on esp\u00e8re encore retrouver.<\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1536\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/lepetittramassac.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/detail-tables-empilees-restaurant-ferme.jpg\" alt=\"D\u00e9tail de tables empil\u00e9es derri\u00e8re la vitrine d&apos;un restaurant ferm\u00e9\" class=\"wp-image-466\" srcset=\"https:\/\/lepetittramassac.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/detail-tables-empilees-restaurant-ferme.jpg 1536w, https:\/\/lepetittramassac.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/detail-tables-empilees-restaurant-ferme-300x200.jpg 300w, https:\/\/lepetittramassac.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/detail-tables-empilees-restaurant-ferme-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/lepetittramassac.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/detail-tables-empilees-restaurant-ferme-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1536px) 100vw, 1536px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Illustration g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par intelligence artificielle.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"La_cuisine_de_Mamasan_a_renouvele_la_gastronomie_vietnamienne_et_laotienne_a_Lyon\"><\/span>La cuisine de Mamasan a renouvel\u00e9 la gastronomie vietnamienne et laotienne \u00e0 Lyon<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La place de Mamasan dans l\u2019<strong>aventure culinaire<\/strong> lyonnaise ne tient pas seulement \u00e0 son histoire de famille. Elle s\u2019explique aussi par une mani\u00e8re de faire entrer des plats vietnamiens et laotiens dans le vocabulaire de la bistronomie locale, sans les d\u00e9naturer. \u00c0 Lyon, o\u00f9 l\u2019on discute volontiers d\u2019un jus de viande, d\u2019une quenelle ou d\u2019un tablier de sapeur, le restaurant proposait d\u2019autres \u00e9quilibres : herbes fra\u00eeches, acidit\u00e9, piment, grill\u00e9, bouillon, croquant.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le lap de b\u0153uf figure parmi les pr\u00e9parations dont les clients ont gard\u00e9 le souvenir. Cette salade laotienne, construite autour d\u2019une viande assaisonn\u00e9e, de riz torr\u00e9fi\u00e9 et d\u2019herbes, exige de la nettet\u00e9 : trop de citron, et l\u2019ensemble s\u2019\u00e9crase ; trop de piment, et les saveurs disparaissent derri\u00e8re la br\u00fblure. Chez Mamasan, l\u2019int\u00e9r\u00eat ne r\u00e9sidait pas dans une recherche d\u2019exotisme facile, mais dans la pr\u00e9cision d\u2019un assaisonnement capable de r\u00e9veiller l\u2019app\u00e9tit sans fatiguer le palais.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La saucisse \u00e0 la citronnelle, pr\u00e9par\u00e9e maison, illustrait une autre facette du travail en cuisine. Derri\u00e8re cette formule apparemment simple se cache un plat qui ne supporte gu\u00e8re l\u2019\u00e0-peu-pr\u00e8s : la viande doit conserver son moelleux, la citronnelle parfumer sans devenir fibreuse, et la cuisson donner du relief. Ce type de recette raconte aussi le temps investi par une petite \u00e9quipe. Une fabrication maison ne sert pas \u00e0 cocher une case sur une carte ; elle impose une r\u00e9gularit\u00e9 quotidienne.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bun bo, souvent appel\u00e9 bo bun dans l\u2019usage fran\u00e7ais, faisait \u00e9galement partie des plats associ\u00e9s au restaurant. Il rappelle que la cuisine vietnamienne ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une soupe ou \u00e0 quelques rouleaux. Autour des vermicelles, la composition r\u00e9unit l\u00e9gumes, herbes, viande et sauce, avec une architecture de textures qui demande un vrai sens des proportions. \u00c0 la table, chacun peut y percevoir une autre fa\u00e7on de penser le repas : des \u00e9l\u00e9ments distincts qui se r\u00e9pondent au fil des bouch\u00e9es.<\/p>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Des recettes lisibles sans simplification excessive<\/h3>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La bistronomie est parfois employ\u00e9e comme un mot-valise. Dans le cas de Mamasan, le terme pouvait se comprendre concr\u00e8tement : un soin port\u00e9 aux produits, \u00e0 l\u2019envoi, aux cuissons et \u00e0 la pr\u00e9sentation, sans \u00e9loigner les clients de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 du repas. Les plats demeuraient identifiables. Ils ne se cachaient pas derri\u00e8re une succession de poudres, d\u2019\u00e9cumes ou de formulations opaques.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette lisibilit\u00e9 a probablement compt\u00e9 dans l\u2019attachement des Lyonnais. La cuisine de tradition se transmet souvent par des gestes, mais le client doit pouvoir comprendre ce qui arrive devant lui. Une saucisse \u00e0 la citronnelle n\u2019avait pas besoin de discours d\u00e9coratif ; elle devait d\u2019abord \u00eatre bonne. Un lap devait conserver sa vivacit\u00e9. Cette exigence, tr\u00e8s simple en apparence, est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui s\u00e9pare une adresse durable d\u2019une mode passag\u00e8re.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le travail de Mamasan entrait aussi en dialogue avec les habitudes locales. Lyon aime les repas o\u00f9 l\u2019on partage, o\u00f9 l\u2019on commente une assiette et o\u00f9 l\u2019on revient pour un plat pr\u00e9cis. La cuisine vietnamienne et laotienne propos\u00e9e rue Ferrandi\u00e8re r\u00e9pondait \u00e0 cette culture du go\u00fbt, mais avec ses propres r\u00e9f\u00e9rences. Elle \u00e9largissait le paysage gastronomique sans chercher \u00e0 imiter le bouchon lyonnais ni \u00e0 se pr\u00e9senter comme son oppos\u00e9.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour prolonger cette attention aux sp\u00e9cialit\u00e9s et aux mots de la table, la lecture de <a href=\"https:\/\/lepetittramassac.fr\/blog\/actualites\/mystere-terme-godiveau\/\">l\u2019histoire du terme godiveau dans le vocabulaire lyonnais<\/a> rappelle que la gastronomie se construit autant par les recettes que par les usages et les r\u00e9cits qui les entourent. Mamasan a laiss\u00e9, \u00e0 sa mani\u00e8re, quelques rep\u00e8res de ce type dans la m\u00e9moire de la ville.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le d\u00e9part de cette maison souligne donc une r\u00e9alit\u00e9 souvent oubli\u00e9e : l\u2019identit\u00e9 culinaire de Lyon ne se limite pas \u00e0 un patrimoine immobile. Elle se compose aussi d\u2019adresses qui font circuler des traditions familiales venues d\u2019ailleurs, les adaptent \u00e0 un quartier et les rendent famili\u00e8res \u00e0 une client\u00e8le locale. C\u2019est cette circulation, discr\u00e8te mais profonde, qui donne son poids \u00e0 la disparition de Mamasan.<\/p>\n\n<figure class=\"is-provider-youtube is-type-video wp-block-embed wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"48 Hours in LYON France (What to see, eat &amp; do)\" width=\"500\" height=\"281\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/jNqVuSlztjY?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Huong_Kieu_Nhung_et_lequipe_de_salle_ont_donne_un_visage_a_Mamasan\"><\/span>Huong Kieu, Nhung et l\u2019\u00e9quipe de salle ont donn\u00e9 un visage \u00e0 Mamasan<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le nom Mamasan renvoyait directement \u00e0 Huong Kieu, la cheffe-m\u00e8re dont le d\u00e9part \u00e0 la retraite a motiv\u00e9 la fermeture. Cette donn\u00e9e change la lecture de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Lorsqu\u2019un restaurant ferme parce que sa figure centrale souhaite cesser de travailler, il ne s\u2019agit pas d\u2019une faillite racont\u00e9e \u00e0 demi-mot ni d\u2019une strat\u00e9gie de repositionnement. Il s\u2019agit d\u2019un cycle professionnel qui s\u2019ach\u00e8ve, avec ce que cela comporte de l\u00e9gitime et de sensible.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vladimir Bauer avait jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9cisif dans la naissance de l\u2019adresse. Amateur de la cuisine de sa belle-m\u00e8re, il l\u2019avait convaincue de passer derri\u00e8re les fourneaux pour faire conna\u00eetre ses plats \u00e0 un public plus large. Le geste n\u2019est pas anodin. Beaucoup de recettes familiales restent confin\u00e9es \u00e0 la sph\u00e8re domestique parce que le passage \u00e0 la restauration exige une autre organisation : achats, cadence du service, hygi\u00e8ne, gestion d\u2019\u00e9quipe, rapport aux clients et r\u00e9p\u00e9tition quotidienne.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nhung, fille de Huong Kieu et compagne de Vladimir Bauer, constituait l\u2019autre pilier de la cuisine. Lorsque l\u2019\u00e9quipe a annonc\u00e9 que la cheffe souhaitait prendre sa retraite et que Nhung envisageait elle aussi une nouvelle voie, la continuit\u00e9 du projet n\u2019allait plus de soi. Recruter un chef pour conserver un nom aurait peut-\u00eatre permis de garder l\u2019enseigne ouverte. Cela aurait toutefois cr\u00e9\u00e9 une autre maison, avec une autre histoire et un autre geste culinaire.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La salle m\u00e9rite \u00e9galement d\u2019\u00eatre retenue dans ce r\u00e9cit. Vladimir Bauer et Hadrien Damond avaient construit une relation directe avec les clients, faite de bonne humeur et d\u2019un humour parfois volontairement piquant. Une telle ambiance ne s\u2019invente pas dans un manuel de service. Elle repose sur la connaissance des habitu\u00e9s, sur la capacit\u00e9 \u00e0 sentir le moment o\u00f9 l\u2019on peut plaisanter et sur la constance d\u2019un accueil, m\u00eame pendant un coup de feu.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans un restaurant, l\u2019exp\u00e9rience ne commence pas \u00e0 la premi\u00e8re bouch\u00e9e. Elle d\u00e9bute \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, se poursuit dans les explications donn\u00e9es \u00e0 une table h\u00e9sitante, dans la mani\u00e8re de g\u00e9rer une attente, puis dans l\u2019attention port\u00e9e au rythme d\u2019un repas. Mamasan avait manifestement compris cette dimension. Les t\u00e9moignages de clients \u00e9voquaient autant les plats que les \u00e9changes avec l\u2019\u00e9quipe. Cela explique pourquoi la fermeture a \u00e9t\u00e9 ressentie comme la disparition d\u2019un lieu de sociabilit\u00e9, pas seulement d\u2019une carte.<\/p>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une retraite qui respecte l\u2019histoire de la maison<\/h3>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut r\u00e9sister \u00e0 la tentation de pr\u00e9senter toute fermeture comme une catastrophe. La restauration reste un m\u00e9tier physiquement exigeant, soumis \u00e0 des horaires d\u00e9cal\u00e9s, \u00e0 une pression constante et \u00e0 une pr\u00e9sence durable. Prendre sa retraite apr\u00e8s avoir port\u00e9 une cuisine personnelle dans un \u00e9tablissement fr\u00e9quent\u00e9 rel\u00e8ve d\u2019une d\u00e9cision respectable. L\u2019attachement des clients ne doit pas effacer le droit, pour une cheffe, de d\u00e9cider de la fin de son rythme professionnel.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La derni\u00e8re programmation de recettes plus anciennes a donn\u00e9 une forme concr\u00e8te \u00e0 cet au revoir. Ressortir des plats oubli\u00e9s ou in\u00e9dits permettait de rendre visible l\u2019\u00e9tendue d\u2019un parcours de six ans et sept mois. Cette dur\u00e9e peut sembler courte face \u00e0 certaines institutions centenaires, mais elle suffit \u00e0 installer une grammaire culinaire, une client\u00e8le fid\u00e8le et des souvenirs pr\u00e9cis. Dans la restauration ind\u00e9pendante, chaque service compte davantage que les ann\u00e9es affich\u00e9es.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette histoire familiale rappelle enfin que les \u00e9tablissements les plus attachants ne sont pas forc\u00e9ment ceux qui cherchent \u00e0 grandir. Mamasan n\u2019avait pas besoin de se multiplier pour compter. Sa valeur venait de la coh\u00e9rence entre les personnes, les recettes et l\u2019adresse. Quand ces trois \u00e9l\u00e9ments ne peuvent plus avancer ensemble, fermer le rideau peut \u00eatre la d\u00e9cision la plus honn\u00eate.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fin de Mamasan n\u2019efface donc ni Huong Kieu, ni Nhung, ni le travail de salle : elle fixe au contraire une aventure culinaire dans ce qu\u2019elle avait de plus juste, une maison port\u00e9e par des visages reconnaissables et non par une promesse impersonnelle.<\/p>\n\n<figure class=\"is-provider-youtube is-type-video wp-block-embed wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"72 Hours in Lyon: A City Worth Getting Lost In\" width=\"500\" height=\"281\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/mh9Im8PVHlI?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Du_dernier_service_de_Mamasan_a_Papasan_le_46_rue_Ferrandiere_a_change_de_recit\"><\/span>Du dernier service de Mamasan \u00e0 Papasan, le 46 rue Ferrandi\u00e8re a chang\u00e9 de r\u00e9cit<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s la fermeture de Mamasan, le 46 rue Ferrandi\u00e8re n\u2019est pas rest\u00e9 fig\u00e9 dans la nostalgie. Le lieu a accueilli Papasan, un restaurant \u00e9ph\u00e9m\u00e8re qui a pris la suite avec une proposition diff\u00e9rente. Cette \u00e9volution m\u00e9rite d\u2019\u00eatre distingu\u00e9e clairement : Papasan n\u2019\u00e9tait pas la prolongation exacte de Mamasan, ni la reconduction de sa carte sous un nom voisin. Le projet assumait un changement de cuisine et de temporalit\u00e9.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vladimir Bauer et sa compagne Sylvie ont particip\u00e9 \u00e0 cette nouvelle \u00e9tape, avec un travail men\u00e9 en cuisine autour d\u2019une proposition renouvel\u00e9e. La pr\u00e9sence de Morgan de Polignac, chef associ\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9pisode Papasan, a \u00e9galement marqu\u00e9 cette transition. La table s\u2019orientait alors vers une cuisine fran\u00e7aise nourrie d\u2019influences asiatiques, dans un registre plus \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et plus exp\u00e9rimental que celui de la maison pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La filiation entre les deux noms pouvait facilement pr\u00eater \u00e0 confusion. Mamasan \u00e9voquait une figure maternelle, des recettes vietnamiennes et laotiennes, un projet familial b\u00e2ti au fil des services. Papasan jouait avec cette m\u00e9moire tout en revendiquant une autre proposition. Pour les clients revenus rue Ferrandi\u00e8re, le changement \u00e9tait donc r\u00e9el : la salle pouvait conserver une part de son \u00e9nergie, mais l\u2019assiette ne cherchait pas \u00e0 reproduire \u00e0 l\u2019identique le lap de b\u0153uf ou la saucisse \u00e0 la citronnelle de l\u2019\u00e9poque pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette distinction est importante pour la m\u00e9moire gastronomique lyonnaise. Les adresses changent de propri\u00e9taires, de noms, de chefs ou de cartes, et les raccourcis finissent vite par brouiller les histoires. Dire que Papasan a pris la suite de Mamasan est exact du point de vue du lieu. Dire qu\u2019il l\u2019a remplac\u00e9 sans transformation ne le serait pas. Chaque projet doit \u00eatre regard\u00e9 selon son intention propre, avec ses choix, ses r\u00e9ussites et sa dur\u00e9e.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le caract\u00e8re temporaire de Papasan a aussi rappel\u00e9 la fragilit\u00e9 des projets de restauration. Une adresse peut attirer l\u2019attention, susciter l\u2019enthousiasme de clients curieux, puis s\u2019arr\u00eater quelques mois plus tard parce que son format \u00e9tait con\u00e7u ainsi. Cette r\u00e9alit\u00e9 contraste avec l\u2019image d\u2019une ville o\u00f9 les enseignes resteraient \u00e9ternellement \u00e0 leur place. Lyon bouge, y compris dans ses rues les plus centrales, et la rue Ferrandi\u00e8re en offre un exemple pr\u00e9cis.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette dynamique ne concerne pas seulement la Presqu\u2019\u00eele. Les lecteurs qui suivent les mouvements de la restauration locale ont aussi pu observer <a href=\"https:\/\/lepetittramassac.fr\/blog\/actualites\/lyon6e-fermeture-apothicaires\/\">la fermeture des Apothicaires dans le 6e arrondissement<\/a>, autre moment r\u00e9v\u00e9lateur de la mani\u00e8re dont une table reconnue peut quitter le paysage urbain. Chaque cas poss\u00e8de ses raisons ; tous rappellent qu\u2019une enseigne appr\u00e9ci\u00e9e n\u2019est jamais acquise.<\/p>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une adresse ne se r\u00e9duit pas \u00e0 ses murs<\/h3>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 46 rue Ferrandi\u00e8re garde une valeur d\u2019adresse, mais il ne peut r\u00e9sumer \u00e0 lui seul l\u2019histoire de Mamasan. Les murs accueillent des projets successifs ; une \u00e9quipe, elle, emporte avec elle des gestes, des recettes, une mani\u00e8re de recevoir et parfois une client\u00e8le. C\u2019est pourquoi les amateurs qui regrettent la table de 2017 \u00e0 2023 ne cherchent pas uniquement un local ou une d\u00e9coration : ils cherchent le go\u00fbt pr\u00e9cis d\u2019une p\u00e9riode et les personnes qui l\u2019ont rendue possible.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans une ville port\u00e9e par une forte culture de table, cette nuance m\u00e9rite d\u2019\u00eatre conserv\u00e9e. Un restaurant est un commerce, bien s\u00fbr, mais c\u2019est aussi un lieu de rendez-vous et un atelier vivant. Lorsqu\u2019il dispara\u00eet, ses recettes peuvent circuler dans les souvenirs, dans les carnets de cuisine ou dans les parcours futurs de celles et ceux qui l\u2019ont anim\u00e9. En revanche, l\u2019atmosph\u00e8re exacte d\u2019un service ne se reconstitue jamais tout \u00e0 fait.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le passage de Mamasan \u00e0 Papasan a donc eu le m\u00e9rite de ne pas masquer le changement. Il a montr\u00e9 que la vie d\u2019une adresse peut continuer, tout en reconnaissant qu\u2019une page s\u2019est tourn\u00e9e. La rue Ferrandi\u00e8re n\u2019a pas perdu sa capacit\u00e9 \u00e0 accueillir des tables singuli\u00e8res ; elle a simplement vu s\u2019achever l\u2019un de ses chapitres les plus chaleureux.<\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Ce_que_la_disparition_de_Mamasan_raconte_des_restaurants_independants_a_Lyon\"><\/span>Ce que la disparition de Mamasan raconte des restaurants ind\u00e9pendants \u00e0 Lyon<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fermeture de Mamasan \u00e9claire un aspect essentiel de la gastronomie \u00e0 Lyon : les restaurants ind\u00e9pendants ne reposent pas seulement sur un concept, mais sur l\u2019\u00e9nergie quotidienne de personnes identifiables. Cette d\u00e9pendance fait leur force. Le client sait qui cuisine, qui re\u00e7oit, qui conseille un plat ou une bouteille. Elle constitue aussi leur fragilit\u00e9, car un d\u00e9part \u00e0 la retraite, une r\u00e9orientation ou une fatigue accumul\u00e9e peuvent suffire \u00e0 modifier l\u2019\u00e9quilibre entier du lieu.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les grandes enseignes, un changement de personnel peut parfois rester presque invisible. Dans une petite table familiale, il transforme imm\u00e9diatement l\u2019exp\u00e9rience. Mamasan ne pouvait pas \u00eatre dissoci\u00e9 de Huong Kieu, de Nhung, de Vladimir Bauer et d\u2019Hadrien Damond. Leur pr\u00e9sence ne servait pas de d\u00e9cor : elle organisait la cha\u00eene compl\u00e8te, de la pr\u00e9paration au lien cr\u00e9\u00e9 avec les habitu\u00e9s.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le public lyonnais gagne \u00e0 regarder ces d\u00e9parts avec davantage de pr\u00e9cision. Regretter une adresse ne signifie pas exiger qu\u2019elle demeure ouverte contre la volont\u00e9 de celles et ceux qui la font vivre. Cela peut plut\u00f4t conduire \u00e0 soutenir les tables ind\u00e9pendantes lorsqu\u2019elles existent : r\u00e9server suffisamment t\u00f4t, accepter qu\u2019un service ait son rythme, valoriser une carte personnelle plut\u00f4t que r\u00e9clamer sans cesse les m\u00eames standards, et reconna\u00eetre le travail de salle autant que celui de la cuisine.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette attention est particuli\u00e8rement utile dans les quartiers centraux. La Presqu\u2019\u00eele concentre les flux de bureaux, de visiteurs, de sorties culturelles et de commerces. Un restaurant peut y \u00eatre tr\u00e8s visible sans pour autant disposer d\u2019une assise tranquille. Les charges, les horaires, le recrutement et l\u2019intensit\u00e9 de la concurrence p\u00e8sent sur les \u00e9quipes. La p\u00e9rennit\u00e9 d\u2019une adresse ne se d\u00e9duit jamais de la seule fr\u00e9quentation per\u00e7ue depuis la rue.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les fermetures nourrissent souvent une conversation nostalgique, parfois exp\u00e9ditive : \u00ab Lyon perd ses bonnes tables \u00bb. La r\u00e9alit\u00e9 est plus nuanc\u00e9e. La ville voit partir des maisons auxquelles les habitants tenaient, mais elle accueille aussi de nouveaux projets, parfois modestes, parfois ambitieux. L\u2019enjeu consiste moins \u00e0 sacraliser chaque enseigne qu\u2019\u00e0 conserver les conditions permettant \u00e0 des personnalit\u00e9s culinaires d\u2019ouvrir, de travailler et de transmettre.<\/p>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Garder une m\u00e9moire concr\u00e8te de l\u2019aventure culinaire<\/h3>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour les personnes qui ont connu Mamasan, la m\u00e9moire peut prendre une forme tr\u00e8s simple : noter les plats associ\u00e9s \u00e0 l\u2019adresse, conserver une photo de menu, raconter un repas pr\u00e9cis, suivre les futurs projets de l\u2019\u00e9quipe lorsque ceux-ci sont annonc\u00e9s publiquement. Ce sont des gestes modestes, mais ils \u00e9vitent que l\u2019histoire d\u2019un restaurant se r\u00e9sume \u00e0 une ligne dans un annuaire ou \u00e0 une note d\u2019avis en ligne.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La gastronomie lyonnaise vit pr\u00e9cis\u00e9ment de cette m\u00e9moire active. Les bouchons, les march\u00e9s, les p\u00e2tissiers et les cuisines familiales ne survivent pas uniquement par les institutions. Ils survivent parce que les habitants savent nommer les plats, comparer les souvenirs et transmettre les bonnes adresses avec discernement. Mamasan avait trouv\u00e9 sa place dans cette g\u00e9ographie affective de Lyon, sans jamais pr\u00e9tendre repr\u00e9senter \u00e0 lui seul toute la ville.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le dernier service du 5 ao\u00fbt 2023 a referm\u00e9 une p\u00e9riode commenc\u00e9e en 2017. Il a aussi laiss\u00e9 une le\u00e7on simple : une table compte lorsqu\u2019elle parvient \u00e0 faire d\u2019une recette, d\u2019un sourire en salle et d\u2019une rue du <strong>e arrondissement<\/strong> un rendez-vous que les habitants continuent de raconter. C\u2019est la marque durable de Mamasan dans le paysage de la cuisine lyonnaise.<\/p>\n\n<h3>Quand le restaurant Mamasan a-t-il ferm\u00e9 \u00e0 Lyon ?<\/h3>\n<p>Mamasan, situ\u00e9 au 46 rue Ferrandi\u00e8re dans le 2e arrondissement de Lyon, a assur\u00e9 son dernier service le samedi 5 ao\u00fbt 2023 \u00e0 midi.<\/p>\n<h3>Pourquoi Mamasan a-t-il ferm\u00e9 ses portes ?<\/h3>\n<p>La fermeture \u00e9tait li\u00e9e au d\u00e9part \u00e0 la retraite de la cheffe Huong Kieu, surnomm\u00e9e Mamasan, ainsi qu\u2019au souhait de sa fille Nhung d\u2019emprunter une autre trajectoire professionnelle.<\/p>\n<h3>Quels plats ont marqu\u00e9 la cuisine de Mamasan ?<\/h3>\n<p>Les clients associaient notamment la maison au lap de b\u0153uf, \u00e0 la saucisse maison \u00e0 la citronnelle et au bun bo, pr\u00e9parations repr\u00e9sentatives de ses influences vietnamiennes et laotiennes.<\/p>\n<h3>Qu\u2019est devenu le local de Mamasan rue Ferrandi\u00e8re ?<\/h3>\n<p>Apr\u00e8s Mamasan, le 46 rue Ferrandi\u00e8re a accueilli Papasan, un restaurant \u00e9ph\u00e9m\u00e8re proposant une cuisine diff\u00e9rente, fran\u00e7aise avec des influences asiatiques.<\/p>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En bref La fermeture de Mamasan \u00e0 Lyon 2e marque la fin d\u2019une adresse familiale Le restaurant Mamasan, install\u00e9 au 46 rue Ferrandi\u00e8re, dans le 2e arrondissement de Lyon, a baiss\u00e9 son rideau le samedi 5 ao\u00fbt 2023, apr\u00e8s le service de midi. 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